L’hypnose thérapeutique, mode d’emploi
Milton H. Erickson et l’hypnose thérapeutique
Milton H. Erickson (1901-1980) est considéré comme le principal représentant de l’hypnose thérapeutique. Il est également l’un des plus prestigieux initiateurs de la thérapie brève. Il fut le fondateur de la Société américaine d’hypnose clinique et enseigna la psychiatrie à l’Université du Massachussets. Son nom est initialement lié à l’école de Palo Alto et à Grégory Bateson dont il était l’ami. Son originalité a été d’exploiter, à travers l’hypnose, l’aspect thérapeutique et métaphorique de la communication humaine à des fins de changements personnels. Il est aujourd’hui considéré comme un des pères de la thérapie familiale.
Il a élaboré sa technique thérapeutique en puisant dans l’expérience de ses propres infirmités et de ses problèmes de santé. A dix-sept ans, il reste paralysé à la suite d’une attaque de poliomyélite : « Je suis resté étendu sur un lit sans aucune conscience de mon corps. Je ne pouvais même pas repérer la position de mes bras ou de mes jambes dans le lit. Ainsi, des heures durant, j’ai essayé de localiser ma main, mon pied ou mes orteils et j’ai pu m’entraîner à devenir vraiment attentif à ce qu’étaient les mouvements ». C’est ainsi, à travers de longues périodes d’alitement, qu’il observa les gens et comprit maintes choses sur leur mode de fonctionnement.
Un postulat de base fondé sur une vision positive
Il postule qu’il existe en chaque individu des mécanismes guérisseurs dont on peut faciliter la mise en action. En stimulant la créativité du patient, celui-ci pourra développer de nouveaux comportements et trouver de nouvelles solutions.
Les fondements de sa pensée et de sa pratique sont essentiellement connus à travers la retranscription, par ses disciples ou ses élèves, de séminaires, d’entretiens ou de fragments de son enseignement. Ce qui fait de son œuvre une œuvre ouverte, qui se veut le reflet d’un grand pragmatisme, parfois déroutant, toujours efficace.
Les principes de l’hypnose ericksonienne ou nouvelle hypnose
- L’hypnose thérapeutique ou nouvelle hypnose prend nettement ses distances par rapport à l’ancienne hypnose qui s’appuyait sur l’autorité directive pour déclencher des comportements de soumission, d’obéissance à des injonctions. Elle n’utilise plus ni la fascination, ni la séduction et ne vise plus à « briser des résistances », ce que faisaient à coup sûr les hypnotiseurs de foire ou de music-hall.
- L’hypnose induit auprès du patient un état de conscience intermédiaire entre veille et sommeil : c’est un état de conscience modifié. Le patient garde le contrôle de ses actes et l’intégrité de son libre arbitre : l’hypnothérapeute ericksonien n’impose rien.
- L’hypnothérapeute fera un usage important de la métaphore thérapeutique (histoires, contes, paraboles, images, images symboliques…) en partant de la représentation du monde du patient.
Le but est clairement d’amener celui-ci à s’ouvrir à des ressources et des potentialités non encore explorées jusque-là, qui lui permettront d’inventer et d’expérimenter de nouveaux comportements capables de soulager la tension et le tourment.
La relation soignant-soigné, une relation d’experts
La thérapie hypnotique s’appuie sur une relation de collaboration entre un patient qui a l’expertise cognitive (explicite ou non) de son problème et un thérapeute qui possède lui aussi une expertise. Celle-ci se traduit en termes de savoir (la technique thérapeutique) de savoir-faire (sa capacité à mettre en œuvre des stratégies, à favoriser de nouveaux apprentissages), de savoir-être (sa capacité à écouter, son empathie, son respect de l’autre…).
Que penser de l’auto-hypnose ?
Milton H. Ericson a été le premier à découvrir et à révéler les techniques et l’efficacité de l’auto-hypnose.
Pratiquer l’auto-hypnose est donc en effet possible, mais seulement après un apprentissage auprès d’un thérapeute. Rappelons que dans de nombreuses pathologies existe de l’auto-hypnose négative. La personne s’adresse à elle-même des suggestions négatives, conscientes ou non, parfois redoutablement puissantes, déclenchant divers désordres somatiques qui échappent au contrôle.
Pour être efficace, l’auto-hypnose doit donc intégrer des suggestions positives constituant une réponse adéquate aux troubles visés. On pourra alors envisager au quotidien l’auto-hypnose comme un prolongement de l’action d’une cure hypnotique.
Quels sont les champs d’application spécifiques à l’hypnose ericksonienne ?
En psychiatrie et en psychologie :
- névroses post-traumatiques ;
- troubles du comportement alimentaire (boulimie, anorexie…), problèmes de poids ;
- dépendances diverses (alcool, tabac, tranquillisants…) ;
- traitement de l’anxiété, des phobies, angoisses et troubles obsessionnels compulsifs ;
- traitement de certains troubles psychosomatiques et fonctionnels (migraines, eczémas, asthmes, allergies, ulcères…) ;
- accompagnement des maladies chroniques, traitement de la douleur ;
- difficultés d’apprentissage scolaire ;
- problèmes sexologiques et gynécologiques…
Dans le domaine médical et hospitalier :
- traitement de la douleur, préparation à l’intervention chirurgicale…
Dans le domaine du sport :
- travail sur la concentration, sur la confiance en soi et la visualisation des performances à atteindre